14/03/2025

Le bois mort

On définit le « bois mort » comme un compartiment biologique constitué par le bois qui – quelle que soit sa forme – ne comporte plus de cellules vivantes.

Il sera « bois mort sur pied » ( ne présentant aucun signe de vie au-dessus de 1,30 m), « chablis » ( arbre déraciné sous l’action de différents agents naturels ou pour des raisons qui lui sont propres (vieillesse, pourriture, mauvais enracinement),  «chandelle » ( tronc mort, démunis de branches, mais encore debout sur ses racines), « bois mort au sol », « bois flotté », « bois coulé », « rémanents » (branchages volontairement laissés au sol après une coupe)…

Même si l’expression « bois mort » est souvent utilisée – à tort- envers des personnes ou des choses qui ne sont pas utiles ou qui ne contribuent pas à la réalisation d’un objectif, l’état de « bois mort » n’est pas statique. C’est un état de transformation dynamique et si la sève ne parcourt plus ce bois, il est encore et pour longtemps le siège d’une vie très riche.
Certains se demandent si l’on ne devrait pas laisser le bois mort, tandis que d’autres prônent un nettoyage. Le fonctionnement de l’écosystème indique combien le bois mort est précieux.

      Rien de plus vivant que le bois mort !

 

Outre que, à terre, les branchages protègent les sols et, se décomposant, nourrissent l’humus qui enrichit les sols, dans les cours d’eau, les lacs ou en mer, le bois mort constitue une niche écologique spécifique pour de nombreuses bactéries, des insectes benthiques, des champignons aquatiques et divers mollusques. Il sert d’abri à des poissons, alevins, crustacés, etc. ou de support à certaines plantes, sans parler de son utilisation par les castors qui en font leur barrage.

De même, l’on conserve volontairement des arbres morts, cassés, troués, sur pied car de nombreuses espèces animales en font leur repaire. Les oiseaux y nichent, les insectes y mangent, les champignons y prolifèrent.
Au cours de sa décomposition (durant plusieurs siècles pour les grosses pièces), le bois mort va abriter une succession de communautés animales, bactériennes et fongiques, qui représente environ 25% des espèces forestières animales et végétales et dont la survie dépend directement de la présence de bois mort. Il serait donc fautif de ramasser tout le bois mort et de « nettoyer » les forêts.
Le bois mort est également profitable à la martre (Martes martes), à l’écureuil (Sciurus vulgaris) ou au loir (Glis glis), cavicoles secondaires qui apprécient également les troncs au sol comme refuge et terrain de chasse.
Sans notre intervention, vie et mort voisinent dans la plus grande osmose.  

« Gérer » nos forêts : pourquoi faire ?

Mais alors si la nature sait faire feu de tout bois, même mort, pourquoi devrait-on intervenir pour « gérer » nos forêts et décider de ce qui doit être coupé – parce que mort- de ce qui doit être ramassé et de ce qui doit être laissé sur pied ?

Le bois mort prend une importance croissante. En effet, la mort de l’arbre n’est pas celle des hôtes qu’il abrite, bien au contraire. Même mort, l’arbre continue à donner la vie et préparer le terreau en se décomposant pour mieux accueillir ses successeurs. Il continue à être un lieu de vie et d’étape. Diverses études faites depuis les années 1970 ont montré qu’il était une condition de maintien d’une grande partie de la biodiversité des forêts et de leur fertilité (recyclage de la lignine et cellulose). Il semble également important pour le bon déroulement des cycles naturels liés à d’autres écosystèmes boisés (ripisylve, savane, bocage…).

Tout d’abord, les xylophages, champignons ou insectes, effectuent la première étape du recyclage du bois mort. Viennent ensuite les détritivores qui se nourrissent de matière organique évoluée, sous forme de bois mort très évolué ou de fonds de cavités.

Les arbres sur-âgés, mourants ou morts, ainsi que le petit bois mort au sol jouent aussi un rôle vital dans le fonctionnement, la résilience et la productivité des écosystèmes forestiers et assimilés. Outre qu’ils constituent une niche écologique abritant près d’un quart de la biodiversité forestière, ils sont impliqués dans le cycle et stockage du carbone, dans les cycles des éléments nutritifs, les flux d’énergie au sein des écosystèmes, la production de sol et leurs capacités hydrologiques, et enfin dans la bonne régénération naturelle forestière.
À titre d’exemple, les scientifiques anglais estimaient au début du XXIe siècle que le bois mort ou sénescent était un habitat vital pour 1 700 espèces d’invertébrés rien qu’en Grande-Bretagne (soit 6 % de l’ensemble de la faune connue de Grande-Bretagne). Mais 40 % de ces invertébrés étaient déjà classés rares ou sur la liste rouge des espèces menacées dans ce pays.
Aujourd’hui ces espèces se raréfient dans tout l’hémisphère Nord, par manque d’offre en bois mort et manque d’arbres sénescents (en raison d’une sylviculture dite dynamique qui diminue les rotations, y compris pour des bois durs tels que le chêne).
Dans le même temps, des questions similaires se posent dans le monde animal, avec la disparition de l’offre en cadavres de gros animaux pour les nécrophages et détritivores qui recyclaient autrefois cette nécromasse animale (question qui semble plus difficile à résoudre en raison des risques hygiéniques supposés ou avérés (contagion microbienne, contamination de l’eau, etc.). De nombreux consommateurs de champignons et d’invertébrés forestiers (oiseaux, reptiles et amphibiens et chauve-souris notamment) dépendent beaucoup de ces deux ressources pour leur survie.
Selon l’essence, le volume et la conformation du bois, selon la manière dont il a été taillé (haie, émondage, têtard..), selon son exposition au vent et au soleil et qu’il présente ou non des fentes, caries, trous facilitant l’entrée des décomposeurs, selon l’humidité, l’arbre mort ou le bois mort mettra un temps plus ou moins long à se décomposer.
Enfin, la dessiccation ralentit le processus de décomposition, surtout si le tronc est écorcé et exposé au soleil.

 

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